Divers notes, divers auteurs, un sujet : "Les Murs" - ARBORIES, Bonnieux

 

Notes du 15 juin 2011 : Nous avons  débuté une réflexion et des expérimentations à partir de la notion et de l’imaginaire des « murs » sous le titre générique « au bord des murs » (le « mur de la peste » par exemple y étant un des éléments). En commençant par interroger qu'est-ce que c'est que cette histoire de mur (limite, frontière,...) ?  Il est évident qu'au sein d'Arborie nous allons pouvoir explorer différentes approches et expérimentations concrètes (notamment sur la partie enclose que nous avons vue ensemble...), qui pourront déboucher sur des temps de restitution et de visibilité des expériences et des réflexions menées. Nous aurons donc besoin d'un lieu où stocker des éléments collectés ou construits. __

Notes du 18 et 19 juin 2011 : Suite à la résidence que nous avons réalisée * les 18 et 19 juin 2011 à Arborie, voici quelques idées à explorer.(Ont participés : Jean-Paul Thibeau, Céline Domengie, Jean-Pierre Cometti, Joël-Claude Meffre.) Etant donnés :

  • des tas de pierres laissées en tant qu’amas,
  • des pierres appareillées pour faire murs d’enclos,
  • des pierres appareillées pour faire cabanes (bories),

• On constate que paradoxalement on construit tout autant des murs pour enclore que pour libérer du sol (épierrement) et de l’espace (rendre praticable des lieux).
 Que l’agencement de ces diverses constructions crée des déambulatoires labyrinthiques,  où chaque mur, chaque tas, chaque construction déterminent des repères et des repaires… Se ressent donc  une cartographie entrecroisant sentes animales, et sentiers humains avec gymkhana d’obstacles en pierre et naturels. Ce sont aussi les restes d’une histoire, d’un mode de vie , de rapports anthropologiques et politiques… Le mur fixe très vite donc un territoire, mais c’est une limite virtuelle, dérisoire… un mur de rien… Le mur est toujours une invite à le contourner, à le franchir, à faire le mur, à le traverser, …voir à le transpercer… Comment faire le mur ? Comment échapper aux murs, se désemmurer ?

• Pour Jean-Pierre Cometti, tout mur pose question, et l’enjeu des protocoles méta est justement de savoir comment jouer avec ces questions, à les détourner des faux objets pour poser l’ultime interrogation à partir d’ici et des éléments qui composent cet ici et maintenant construire une situation qui  s’appuie sur l’indétermination et l’improvisation. 

• Pour Joël-Claude Meffre, ce territoire vauclusien renvoie à trois objets potentiellement exploitables pour nos expériences :

   1 - le mur de la peste

   2 - le pogrom des Vaudois

   3 - l’expérience d’enclosure volontaire et silencieuse au sein de plusieurs bories, afin d’en extraire des éléments d’échanges et de constructions d’expérimentations évolutives. Il propose aussi pour ceux et celles qui sont intéressés  de visiter le conservatoire des « terrasses » de Goult (à 1/2 h. d’Arborie)

•Mais il me semble nécessaire de toujours rester vigilant à ce que l’approche poétique nécessaire n’élimine pas le questionnement politique. 
Il pourrait s’y développer une méthode ni chair ni poisson du genre « poélitique »…  

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Notes par mails

 

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Stéphanie Einchenberg :

MUR ,les MURS                         visible ou invisible

invitation à aller entre            braver regarder hors

se déplacer             quitter  

Je réfléchie doucement à cette notion du MUR et il me ramène sans cesse à Israel ,aux frontières ,aux hommes qui choisissent d'aller contre ,de se hisser sur ,et de nos propres murs .... Après avoir quitté un mur ,ce mur de la honte . L'israélienne porte au corps ces murs ,ces mémoires ,cet être dos aux murs .  

Trois films fort de sens et de sensible .

Mur de Simone Bitton ***

De l'autre côté de Chantal Akerman **

Note de musique de Jean-luc Godard  

 

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Joël-Claude Meffre :

1) ce qui m'intéresse c'est un projet d'écriture qui puisse se faire en interaction, dialogue, co-réalisation avec des plasticiens, vidéastes, autres écrivains...

2) ceci dit, je ne crois aux réalisations de textes d'ordre littéraire qui soient purement collectifs ;

3) je suis par conséquent partant pour un projet où je pourrais intervenir dans le cadre d’Arborie avec d'autres : à voir comment, quelles modalités, quels modes d'intervention, etc...  

  1. Définition de mur (wikipédia) :
  2. « Un mur est une structure solide qui sépare ou délimite deux espaces.
  3. Dans les bâtiments les murs forment les pièces. En plus de définir l'espace intérieur du bâtiment, leur utilité est en règle générale de supporter les étages et la toiture.
  4. En plein air, ils délimitent un espace, offrant une zone de sécurité contre les intrusions ou restreignant simplement la libre circulation des animaux ou des personnes. Certains murs ont une fonction de protection contre les effets naturels comme l'eau (on parle dans ce cas de digue).
  5. Le mur peut avoir des fonctions symboliques (propriété, apparat) et/ou de protection et défense (mur d'enceinte, de forteresse, de prison). »

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(Notes après les 15 et 16 octobres 2011)

 

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Jean-Paul Thibeau :

• Depuis le début, je me sens au pied d’un mur. Mais d’un mur qui est en fait un entrelacs de murs invisibles, fluides, inframinces, en méta-morphoses continues,  aux formes et sensations multiples tantôt nuées de points/particules flottants et s’évaporants aux grès des gestes, tantôt mur de souffles, tantôt mur en digestion dans mon corps, tantôt mur s’échappant de mes mains - mur chimique, mur de mots, mur de voix, mur de chaleur, mur métaphysique…

• Me revient à l’esprit  ce fragment texte écrit en 2009 : « Le paradoxe c’est que nous - nous les sans, les dé, les résistants et autres - nous sommes tous devenus des réfugiés dans un  vaste parc urbain déshumanisé et sans limite… De nouveaux camps de réfugiés sont apparus à l’air libre, sans mur. Ces camps sont agencés urbanistiquement de manière à communiquer les uns entre les autres pour laisser dériver, errer les injustices comme  si il s’agissait d’un virus naturel.(…) A quoi sommes-nous réduit ? A vivre à l’intérieur d’un même camp où il n’y a ni dedans ni dehors… Où chacun crèvera d’un non-avenir en tant que non-humain !  Il faut dés-esthétiser cette politique  qui vise à faire croire que demain ça ira mieux, il faut repolitiser l’art pour réinventer - avec la participation de tous - des modes de vie où nous pourrons passer de nouvelles alliances contre nos ennemis communs, contre l’indignité et l’indifférence ! » (JP Thibeau / Comment faire alliance entre les sans et les dés ?)

• Il y a aussi le mur invisible de l’attente :  Nous sommes dans l’attente, mais l’attente de quoi ? N’est-ce pas l’attente qui est à interroger au pied du mur ?

Nous sommes à la frontière de quoi, à la limite de quoi, de qui ? "La limite n'est pas ce où quelque chose cesse, mais bien, comme les Grecs l'avaient observé, ce à partir de quoi quelque chose commence à être". (M. Heidegger, Essais et Conférences" bâtir, habiter, penser).
 

Nous sommes dans l’attente du « commencer à être » ? Chaque matin est un nouveau matin, un nouveau commencement… Une nouvelle respiration pour faire vibrer le mur invisible de notre existence… Dans l’intermittence des murs, des arbres, des plantes, des mousses, des traces, des fuites, des coups de vents, des parfums de thym, de terre, je respire, tu respire… Les molécules se mélangent sans distinction de corps et d’identité…
Oui je crois qu’en fait j’écrirai sur le / les mur(s) invisible(s) dédoublant les murs physiques et labyrinthiques du territoire d’Arborie. Les murs invisibles sont des échelles et des fils d’Ariane qui flottent au grès des tâtonnements, il faut y aller les yeux fermés, comme pour rêver l’espace et les êtres visibles et invisibles et pour se déclaquemurer de nos corps et de nos esprits… Parler un peu au mur, chercher les oreilles, traverser le mur, le contourner, le sauter, le démonter, le remonter,  et retrouver notre corps exposé aux successives expériences, notre cœur qui bat aux rythmes de notre imaginaire, notre esprit qui baigne dans les diverses lumières des bois et des clairières. Nous voici errant sur un méta-radeau (mental et/ou physique) pour explorer des étendues dans lesquelles nos corps et nos sens sont autant de souffles, de grains, d’instants d’une cartographie en mouvement.

Oui tout en me désorientant volontairement je m’adresserai par les mots, les souffles et les gestes aux murs et à leur circonvoisinage ainsi qu’aux organes des vivants et vivantes qui d’aventure se promèneront dans ces lieux peuplés de méta-murs … Il adviendra peut-être des partitions de signes, des presqu’îles de gestes, des îles dérivantes et rêvant du méta-radeau fugueur… au milieu d’un archipel d’hospitalité  et ses je-ne-sais-quoi…

Et bien entendu j’y aménagerai des temps d’agora propices à enchanter les murs.  

 

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Guillaume Loiseau :

SUR LES MURS

Si "Le mur" doit être un point de départ, ce n'est que dans sa multiplicité qu'il m'intéresse.

le MURx4 à la fois bien au chaud chez sois ou enfermé entre quatre murs, protégé ou/et isolé. C'est l'expérience d'un sentiment de sécurité et de solitude; une manière "d'être ensemble séparément"… L'ambivalence de la coprésence m'interpelle. Comment mettre en évidence l'étrangeté de certain rapports sociaux.

The Wall d'Alan Parker, 1982 Je pense également au travail de Nicolas Moulinvider Paris.

ARBORIES PROJETS

En perspective d'un rassemblement des protocoles méta;

Scénographie,

Il faut Créer l'accueil. Le lieu est vaste et le temps donné aux participant sera restreint. Ainsi, il est nécessaire de coordonner l'archipel de propositions, imaginer plusieurs temps pour activer chaque projets, créer un parcours, une partition de promenades. Un "programme" semble nécessaire pour faciliter le quotidien des participants et observateurs. Il permettra à chacun de s'appuyer sur une base temporelle stable…… quoi que; si le programme semble proposer une certaine stabilité, il doit rester suffisamment souple pour s'adapter aux situations. Il pourra également être traversé d'accidents volontaires et infiltré par un programmes parallèle inattendu.  

Mettre en Place le programme (mise en relation des projets, participation alternée, déambulation de l'un a l'autre?)  et en profiter pour introduire des surprises….

En vidant les champs, l'herbe peut pousser. Détourner une nécessitée pour construire autre chose. Chaque pierre n'est qu'un résidu encombrant. Portant, une fois empilées les unes sur les autres elle trouvent une fonction, une raison d'être.

PROPOSITION AUTOUR DE LA TABLE

Procédé : Utiliser des moments sans surprises pour y introduire un élément perturbateur…. Les taches du quotidien, rituel, actions qui se répètent sont des bases qui permettent ce genre de jeux. Dans un moment d'apparence normal, spontané, qui s'écoule en temps réel, infiltrer des actions prédéterminée, écrites, "scénaristes", ou sciemment improvisée.

But : Le rendu filmé montre des instants de vie réel (real life, cinéma vérité, téléréalité) qui laisse une sensation étrange au spéctateur. Ces accidents volontaires ne sont pas forcement spectaculaire et identifiable. La supercherie doit introduire un doute. Remettre en cause la crédibilité de ce qui est.

Proposition de base : Filmer le repas montrant des gens autour d'une table partageant un repas.   Lors de la rencontre avec le collège méta ouest, je me suis aperçu que le moment le lieu le plus propice pour rassembler tout le monde c'est autour de la table. Du coup j'avais dans l'idée d'en profiter pour créer une sorte de jeu afin de pimenter un peu le repas. Il s'agit de proposer des micros actions qui créeront un trouble, un doute. Je ne veux pas fondamentalement changer la nature du moment. Ainsi, si une personne extérieure voit cette scène, soit elle ne verra qu'un simple repas, soit elle se posera des questions sans comprendre immédiatement ce qui cloche. perversion d'un moment naturel... (dé-)réaliser une action d'habitude, y apposer un élément perturbateur pour composer une scène (filmée?)

Concrètement il s’agirait d'indications écrites liées à chaque plats qui devront être respectées ou simplement testées sans en faire mention //directement// dans le reste de la conversation. Je me pose encore quelques questions sur la mise en place de cette idée mais a raison de 3 repas par jours j'aurai le temps de l'affiner.

Autres pistes : Lors de la préparation des repas, introduire des mouvement qui n'ont pas d'utilité. Chaque personne produit un geste supplémentaire inutile en fonction de la tache qu'elle doit accomplir ou en fonction de ses envies.  Proposer une chorégraphie à insérer entre deux mouvements nécessaires mais aussi, prendre en compte l'espace de la cuisine en fonction des déplacements imposés et des rencontres entre les participants. (modifier la dynamique à l'aide de plusieurs métronomes?)  

La vaisselle est également un moment propice pour ce type de détournements. A la fin des repas de familles ou des grosses bouffes entres amis c'est toujours le même rituel. Traditionnellement, une personne nettoie, une autre rince et quelqu'une essuient et rangent. Donc environ cinq personnes produisent des actions ayant une efficacité suffisante pour accomplir la tache. Pourtant lors du repas quinze, vingt voir plus de personnes étaient là. Comment peut on se réorganiser pour faire participer tout le monde? chacun fait les taches les une après les autres avec ses couverts, tout le monde se démultiplie les taches, on invente d'autres taches inutiles? j'imagine que pour obtenir un "plein emploi" de tous les convives il faudra adapter la tache jusqu'à ce qu'elle devienne absurde.    

 

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Huna Ruel :

La proxémie est la distance physique qui s’établit entre des personnes prises dans une interaction.
Elle marque la distance qui nous sépare (ou nous relie).
Je crois que c’est une sorte de mur. Un mur invisible, qu’on ne peut que ressentir.
Cette proxémie varie selon nos rapports à la personne en face de soi, l’appréhension de son corps.
C’est inconsciemment qu’on la met en place (nos cultures y sont pour quelque chose).
Alors comment la sentir?

Peut-être que si l’on devait maîtriser cette distance, nous en prendrions conscience?
Si tout le monde se ruait sur nous, et s’arrêtait contre ce mur variable...
Courir contre un mur. Arrêt brusque, choc.
Je vois des gens qui dévalent des pentes, jettent leur corps sur un autre,
et d’un coup sentent la limite, stoppent, ou bien la transgresse. Que ressentirions nous alors?
Celui qui attend (qui subit puisqu’il n’est pas maître de toute les distances) sera peut-être envahis.
Peut-on définir une distance « juste » si elle est volontaire?
Est ce que nos murs sont maîtrisables? Et si non, que se passe-t-il si nous les traversons?

Expérimentation possible 1 :

Un corps immobile et qui ne doit pas se déplacer. Il est récepteur.
Des corps en mouvement, tous vers celui immobile. Ils décident de leur mur.
Les déplacements doivent être assez rapides pour permettre de quitter nos appréhensions ordinaires.
Les arrêts doivent être précis pour que les limites soient représentatives.

Expérimentation possible 2 :

Tous les corps sont acteurs.
Chacun décide de la personne vers qui aller.
Chacun décide de la grosseur du mur, donc personne n’en est maître :
les deux acteurs mettent en place leur propre ressenti de la distance/mur.
Les déplacements doivent être assez rapides pour permettre de quitter nos appréhensions ordinaires.
Les arrêts doivent être précis pour que les limites soient représentatives.

 

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Déborah Repetto Andipatin :

Voici une proposition initiale :

Mon idée est inspirée d'un film de Fellini « Roma ».
J'explique la scène :
Cela se passe dans les fondations du futur métropolitain à Rome, c'est-à-dire « sous - terre ». Il y a de gros travaux. La taupe détruit tout sur son passage. Au fur et à mesure, les ouvriers tombent sur un mur, qui les conduit au cœur d'une bâtisse romaine. Les murs étaient recouverts de fresques, soudain, elles disparaissaient sous leurs yeux. Les seules phrases dites à ce moment là: « il faut faire quelque chose, il faut faire quelque chose ! »

Cet extrait m'a donné envie de travailler cette disparition par du son. Je voudrais faire disparaître les mots à chaque fin de phrase. Pour ce faire, je l'ai imaginé dans un lieu ou il y aurait de l'écho. Cette essai se passera dans un champs de bories, à côté des murs. Dans cet endroit il y aura entre 5 à 10 personnes pour faire ce mur de chuchotements. Les gens seront placés dans un périmètre pas trop éloigné pour ne pas entendre leurs voix. Ces actions seront importantes pour l'écoute de chacun. Aussi les choix sont ouverts, les participants pourront le faire seul ou bien à plusieurs. Les règles sont simples : il suffit d'écouter et de jouer quand il faut. Parlez librement de ce que vous voulez, sans retenue parce que c'est un confessionnal. (Je n'en dis pas plus à propos de ce mot.) Laissez le corps et les paroles s'échapper. L'interprétation est libre, jouez avec l'accélération des mots, ses lenteurs, la justesse, le rythme, les onomatopées, la note, le langage et l'incompréhension. Essayez de vous exprimer avec cette contrainte de ne pas parler normalement : c'est-à-dire fort.

LeCHU chu chuchotement........mentMENTparlé euhhh n'N'EXCITE...........PAS ! Chez leees grandes personnes. Seul lES tout petits ont le DROIT parce que ils parlent TROP et FORRRRRRRr 

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