Luttes des sans et des dé-

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Comment faire alliance?
Il y a les « sans »,  ceux à qui il manque quelque chose : sans papier, sans toit, sans travail, sans avenir, les sans quelque chose involontaires … Et il y a les « dé- »,  les déproducteurs, déperformeurs, déviants, ce sont des artistes qui refusent de poursuivre l’obsolète manière de faire de l’art moderne ou postmoderne en polluant les espaces et esprits de leurs niaises marchandises, de leurs surproductions… Les « dé-quelque chose » volontaires (méta-artistes) exercent leur talent à décoloniser leurs propres neurones, à  se désautomatiser, à se déprogrammer…  Sans définition, sans pratique particulière, sans place définitive, ce sont des « métanautes » d’un devenir autre…

Comment faire alliance entre les sans et les dés ?
Si pour les « sans- quelque chose » la racine est privative, chez les « dé- quelque chose » c’est plutôt une forme d’excédence… Les « sans-»  veulent une reconnaissance inclusive, les « dé- »  une forme d’émancipation… Ils sont pour l’élargissement des réalités, créer d’autres mondes, sortir du rétrécissement du fondamentalisme de la rationalité économique occidentale afin d’ouvrir une autre socialité, une autre singularité, une autre subjectivité, un autre mode de vie… Ils entament un long et lent exode sans but préconçu, mais prêt à résister à ce qui tentera de les contenir. Ils deviennent le fleuve de la multitude mouvante!
Le paradoxe c’est que nous - nous les sans, les dé, les résistants et autres - nous sommes tous devenus des réfugiés dans un  vaste parc urbain déshumanisé et sans limite… De nouveaux camps de réfugiés sont apparus à l’air libre, sans mur. Ces camps sont agencés urbanistiquement de manière à communiquer les uns entre les autres pour laisser dériver, errer les injustices comme  si il s’agissait d’un virus naturel.
Comment faire alliance entre les sans et les dés ?
On ne voit pas les barbelés, pourtant il y a les réfugiés de la misère, les exclus du rêve de la croissance infinie. Oui il y a les exclus et les exploités qui sont de futurs sans – et il y a ceux à qui l’industrie, le commerce de la misère profite !
Cette production d’exclusion de plus en plus systématique et grandissante est une forme de discrimination civile, une forme perverse de guerre civile contre les plus fragiles… Réduit au dénuement extrême, au déni de soi, qui osera demander à ces vies nues pourquoi elles ne vont pas au turbin, pourquoi elles ne sont pas logées comme tout le monde ? Alors qu’il n’y a plus de place pour une vie civilisée digne de ce nom, nous sommes tous devenus les suppôts d’une nouvelle barbarie… Ce ne sont pas des guerriers, ni des saints, ni des héros qui agonisent dans les rues, dans les recoins sordides de nos villes sous l’œil glauque des caméras de surveillance… Non ce sont des pauvres, demain ce sera un voisin, un autre jour ce sera moi !
A quoi sommes-nous réduit ? A vivre à l’intérieur d’un même camp où il n’y a ni dedans ni dehors… Où chacun crèvera d’un non-avenir en tant que non-humain !
Il faut dés-esthétiser cette politique  qui vise à faire croire que demain ça ira mieux, il faut repolitiser l’art pour réinventer - avec la participation de tous - des modes de vie où nous pourrons passer de nouvelles alliances contre nos ennemis communs, contre l’indignité et l’indifférence !
Comment faire alliance pour une insurrection générale ?
 
J-P Thibeau, le 06/01/09